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DE BABEL A LA PENTECOTE

De la dispersion à l’union.

La genèse :
« Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre…. Et l’Éternel dit : " Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté.
Allons ! Descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres".
Et l’Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la ville. »

Babel est le nom hébreu de Babylone. "Babel" se déclinerait
o soit de l’hébreu Bâbhel ou Bâlal (il confondit, il brouilla ; confusion), le mot français babiller, parler comme un enfant, viendrait de Babel.
o soit de l’assyro-babylonien Bâb-Ili (variante : Bâb-ilâni) ou de l’akkadien Bab-ilu (avec la même signification : porte de Dieu).

L’archétype qui donne sa force au mythe de la tour de Babel apparaît également dans l’arcane 16 du tarot : la « maison-Dieu » où l’on voit la foudre abattre une tour et précipiter à terre ses habitants. Sur cette lame, ont peut observer une pluie de langues de feu, ce qui nous rappelle que Babel à un inverse, la pentecôte :
Ce sont les Actes des Apôtres (2:1-13) qui rapportent l’événement : « Quand le jour de la Pentecôte fut arrivé, ils (les apôtres) se trouvèrent tous ensemble. Tout à coup survint du ciel un bruit comme celui d’un violent coup de vent. La maison où ils se tenaient en fut toute remplie ; alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient et il s’en posa sur chacun d’eux. Ils furent tous remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler d’autres langues »
Le mot "Pentecôte" vient du grec Pentekostê (= cinquantième), cette première étymologie traduit la situation de cette fête 50 jours après Pâques. Mais cette fête est également désignée par les termes "Pneumatos parousia" en grec, et "Adventus Spiritus Sancti" en latin ".

Orgueil, gnose, communication, psy et doctrine :

L’interprétation classique du mythe

Les hommes de l’époque de Babel, ne veulent qu’une ville, qu’un peuple, qu’une langue. Ils prétendent se relier à Dieu avec ce projet unitaire. Aux yeux de Dieu, cette attitude s’avère inacceptable car fondée sur l’orgueil et non sur l’amour, aussi celui-ci déclare-t-il : « Descendons tout brouiller dans leur bouche que chacun ne comprenne plus la bouche de l’autre » Ainsi Yhwh disperse les hommes, devenus incapables de s’entendre, sur toute la terre.
De nos jours encore le phénomène de dispersion issu de l’orgueil est très vivant, nos obédiences et parfois nos loges, deviennent nos modernes Babel. Les hommes et les femmes qui les composent, soumis au discours unique, à l’orgueil, aux certitudes sur leur voie, leur rite, leur système de hauts-grades, souffrent... Comment dès-lors s’étonner des explosions, désertions, schismes et autres types d’exclusions et de séparations ? A l’inverse la pentecôte relève de l’union par l’amour.

Un gnostique Chrétien dirait

JEHOVA est le diable, celui qui divise. Dès lors, le mythe de Babel se rapproche du mythe du jardin d’Eden et de la chute. Les hommes veulent légitimement acquérir la connaissance, ils s’unissent et construisent un temple, un pont entre le ciel et la terre. YHWH, jaloux de son pouvoir, joue son rôle : rendre épars ce qui est uni. Le salut viendra, des siècles après, avec le dieu d’amour des évangiles.

Et si nous parlions en terme de communication ?

Construire la tour de Babel, c’est se construire un vocabulaire, un système de pensées, dans lequel on s’exprime sans se préoccuper si les autres peuvent, ou non, comprendre ce que l’on peut bien raconter. D’ailleurs, on dit parfois de certains professionnels : ils sont enfermés dans leur tour d’ivoire !

Au fond, si l’on veut être proche du Logos, si l’on souhaite se situer dans l’esprit de la Pentecôte, il est nécessaire d’opter pour le langage du cœur, un langage simple ne veut pas dire un langage simpliste : seul les grands scientifiques ont suffisamment de science pour être de bons vulgarisateurs !

Et les psy. Que diraient-ils ?

Les hébreux étaient un peuple nomade. Les chefs de tribus disposaient d’une autorité sans faille qui ne pouvait-être contestée. Considérons l’autorité des chefs gitans actuels et multiplions ce pouvoir par 100 et nous aurons une pâle idée de l’organisation d’un peuple patriarcal primitif.

Or, pour l’individu, la perception du divin en lui-même, s’élabore au contact de l’autorité parentale ou tribale. Il est donc logique que les mythes fondateurs d’un tel peuple présentent une divinité extrêmement normative et fondamentalement persécutrice voir castratrice.

Se libérer, vouloir contester un tel pouvoir c’est s’exposer au châtiment suprême : être chassé de la tribu. Un peu comme les jeunes cerfs sont chassés du troupeau par le mâle dominant.

Le point de vue de la doctrine

Une langue représente symboliquement une tradition. Vouloir une seule langue c’est, au fond, admettre qu’une tradition, la sienne… J’ai le sentiment que nous devons, à la fois nous ouvrir, c’est à dire être tolérant et réceptif aux traditions voisines et en même temps bien se situer dans sa propre voie.

Ni œillères, ni dispersion. Un équilibre est à trouver pour éviter le péché d’orgueil de la pensée unique symbolisé par Babel, et le péché de gourmandise qui consiste à vouloir tout lire, tout suivre, tout parcourir… D’un tel mélange, il ne peut résulter que confusion, dispersion, syncrétisme…

Pourtant, pour certains êtres situés « au centre » il en va différemment. Les adeptes, rattachés à la connaissance primordiale, sont libres. Ayant accès à la source, il est légitime pour eux de s’exprimer dans toutes les traditions, dans toutes les langues. C’est un des sens de la pentecôte.

Comme dit Guenon au sujet des Rose-Croix : « …N’étant plus astreints à parler une langue déterminée, ils peuvent les parler toutes, parce qu’ils ont pris connaissance du principe dont toutes les langues dérivent par adaptation ; ce que nous appelons ici langues, ce ne sont, en effet, que des adaptations de la grande tradition primordiale »

Puissions-nous, un jour, atteindre ce sommet...